Suite à la session de la Coopérative des Savoirs du 23 Février 2013, nous avons eu la volonté de poursuivre l’échange avec les intervenants en leur proposant une interview permettant de synthétiser leur intervention.

C’est avec un grand plaisir que nous ouvrons ces interviews avec le Docteur Patrick QUERCIA, qui est venu nous faire une conférence appréciée sur la thématique des Troubles « Dys » de l’Enfant.

Le Dr QUERCIA est ophtalmologiste à Beaune. Exerçant auparavant dans des services hospitaliers et désormais en libéral, il est le membre fondateur du comité pédagogique du Diplôme Universitaire « Perception, Action et Troubles des Apprentissages » de l’Université de Bourgogne, où il enseigne également.

Livre du Dr Patrick QUERCIA

– Comment avez-vous été contacté pour participer à cette conférence ?

  • J’ai été contacté par Philippe Hillenweck que je connais depuis plusieurs années car il travaille régulièrement avec une ophtalmologiste de Mulhouse, le Dr Régine Floesser, qui est une amie, formée au traitement proprioceptif de la dyslexie, traitement qu’elle applique régulièrement. Nous avions lancé un projet de protocole de recherche clinique ensemble il y a quelques années.

 

– Avez-vous été surpris de cet intérêt ?

  • Le traitement ostéopathique est souvent nécessaire pour compléter l’effet des prismes et des semelles de posture qui sont prescrits pour lutter contre le syndrome de déficience posturale (SDP) présent chez le dyslexique et dans d’autres troubles des apprentissages. Le Diplôme Universitaire qui est ouvert à l’Université de Bourgogne (D.U Perception, Action et Troubles des Apprentissages) comporte d’ailleurs toujours plusieurs ostéopathes parmi les étudiants inscrits. Plusieurs cours traitent des blocages ostéopathiques du SDP. Il me parait donc naturel qu’une école d’ostéopathie comme la vôtre s’intéresse de près à ce sujet. Je pense qu’on peut raisonnablement avancer qu’un ostéopathe voit près de 5 patients atteints de SDP chaque semaine.

 

 – Quel a été le thème de votre intervention ?

  • Le titre de la présentation d’une heure était «Quand l’ostéopathe doit-il évoquer qu’un enfant puisse être « dys »? ». Il s’agissait donc de donner les grands axes de connaissance et de réflexion sur la dyslexie et les aspects de dysfonction proprioceptive que l’on retrouve chez les enfants qui en sont atteints.

 

– Quels étaient les buts que vous vous étiez fixés ? quels messages aviez-vous envie de faire passer aux personnes présentes lors de votre conférence ?

  • Je m’étais donné comme but de faire passer 3 messages simples :
    •           le dyslexique présente des troubles neuropsychologiques, certes, mais les recherches que nous avons faites en collaboration avec l’Unité U993 Inserm (Perception, Cognition et Plasticité sensori-motrice) de l’Université de Bourgogne ouvrent une porte sur un lien causal entre ces troubles et la présence d’une dysfonction proprioceptive se révélant notamment par des troubles posturaux,
    •           un enfant qui consulte plusieurs fois pour des douleurs migratrices, sans substatum anatomique, avec blocages ostéopathiques répétés, est suspect de troubles proprioceptifs,
    •           l’ostéopathe peut donc se retrouver au premier rang pour évoquer le diagnostic et doit poser des questions dans ce sens afin d’orienter l’enfant vers un bilan orthophonique. De nombreux diagnostics sont encore trop tardifs et c’est parfois dramatique. Y penser peut changer complètement le devenir d’un enfant.

Questionnaire complet pour la mise en évidence d’un trouble « dys ».

 

– Qu’est-ce qui ait essentiel de faire ? et à ne pas faire ? Quels sont les éléments clés pour le diagnostic « dys » de l’enfant ?

  • L’important est d’y penser et de ne pas hésiter à demander à la famille de faire des recherches dans ce sens avant de parler de paresse, de désintérêt pour l’école ou de mauvais niveau intellectuel. Ce qu’il ne faut pas faire ? dire « cela va passer ou rien ne l’intéresse»…. Un enfant est naturellement gourmand d’apprendre et s’il ne le fait pas, la cause peut être une dyslexie. C’est notre rôle d’adulte de s’en inquiéter. Le diagnostic repose sur des tests orthophoniques. Il y a cependant un piège à ne pas méconnaitre : on ne parle de dyslexie qu’à partir de 18 à 24 mois de retard de lecture par rapport à une norme statistique établie pour l’âge. Attention donc à ne pas laisser dans la nature ceux qui ont moins de retard car ils compensent partiellement leur gêne. Le temps fera qu’ils atteindront probablement cette limite pathologique un jour et entre temps ils auraient dû être pris en charge et non pas abandonnés à leur propre sort.

 

– Quelle place donner aux ostéopathes dans les troubles « dys » de l’enfant ?

  • Je ne reviens pas sur le rôle possible dans l’initiation du parcours de diagnostic. A côté de cela, l’ostéopathe est indispensable pour lever les blocages ostéopathiques dès lors que l’action des prismes, des exercices journaliers de reprogrammation et des semelles ne normalise pas l’examen clinique postural et la localisation spatiale visuelle.

 

– Que pensez-vous du principe de nos journée de conférences ? De cette ouverture pluri-disciplinaire ?

  • C’est la médecine de demain. Bien sûr il restera toujours la médecine d’organe et de lésion. Mais si nous voulons aller plus loin il faut aussi repartir vers une conception holistique du patient et une interdisciplinarité. C’est difficile et cela représente un réel défi. Mais si nous ne faisons pas cet effort, nous laisserons sur la route près de 40% des patients, souvent considérés comme présentant des troubles psychiques ou psycho-affectifs. Cette conception commence par la mise en place de formations pluridisciplinaires comme la vôtre qui ont aussi l’avantage d’apprendre autant à l’orateur qu’aux étudiants pour peu qu’il s’impose d’écouter les autres conférenciers.

 

– Comment trouver un ophtalmo ou un thérapeute en France qui travaille avec votre vision sur les troubles en « dys » ?

  • Le Conseil de l’Ordre est plutôt contre les listings car cela correspond à des listes de noms et pas toujours des listes de compétences. Pour ma part, je ne donne jamais que le nom de ceux qui ont validé le DU car l’examen clinique et le réglage thérapeutique ont tellement évolué en 10 ans qu’on ne peut recommander des praticiens qui n’ont pas le panel complet des connaissances à leur disposition. Un examen de dyslexique à la recherche de troubles proprioceptif, associé à la mise en place du traitement et aux explications indispensables pour un bon suivi demande pas loin d’une heure à l’ophtalmologiste. C’est un bon critère pour savoir si le travail est fait. Sinon, il vous suffit de me laisser un message à docteur.quercia@neuf.fr et je donne très volontiers les noms des collègues qui sont proches du domicile des patients.

 

– Le moment du déjeuner a-t-il mis vos sens en éveil ?

  • Oui, mais j’ai été très déçu de ne pas avoir du vrai vin dans mon verre. Car évidemment, en dehors des vins de Beaune, rien n’existe……..Plus sérieusement, c’est un moment d’échanges très intéressant et pour ma part je suis toujours plus gourmant de ces échanges que de ce qui est dans l’assiette. Pourtant c’était excellent.

 

– Un petit mot de conclusion ?

  • J’ai passé une bonne journée grâce à votre association et je serais très content que nous puissions aller encore plus loin dans l’avenir. Il me semble important que l’on puisse organiser des soins coordonnés et de qualité autour du SDP. Cette journée fait partie de cette philosophie. Merci encore de votre invitation.

 

Nous remettons ici le lien vers le site internet du Dr QUERCIA : http://www.dyslexie.fr/ où vous retrouverez tous les renseignements complémentaires sur ce sujet, une bibliographie, la liste des publications, …

Toute l’équipe d’ISOstéo ASSO le remercie une nouvelle fois pour sa conférence et les échanges qui s’en sont suivis.